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Eliott monta sur la chaise en bois. Il accrocha sa corde à la branche qui était tout juste à portée de main. Initialement, il ne savait pas comment faire les nœuds idoines. Heureusement, Internet lui avait sauvé la mort. Il passa ensuite la corde autour de son cou, après s’être assuré que ce nœud-là était bien fait. Sa mort en dépendait, après tout. Il faisait froid, aucun bruit ne courait.  Eliott était content, c’étaient de bonnes conditions pour décéder. Il attendait tout de même un bruit. Ce dernier vint : le léger sifflet d’une mésange. Le signal attendu était donc donné, il était temps de se débarrasser de la chaise, avant de se débarrasser de tout le reste. Il le fit promptement, se sentit tomber, et entendit le craquement. Il était content, mais réalisa que normalement, il n’aurait pas dû entendre le craquement. Il ne connaissait pas la mort, mais il ne trouva pas tellement normal de se sentir choir lourdement au sol. La branche qui lui tomba sur la tête l’assomma, le laissant croire que finalement, il avait peut-être atteint son objectif. C’est fou ce que les branches peuvent être inélégantes. Non contente d’avoir eu la paresse de céder sous le poids d’Eliott, cette foutue branche s’était sentie obligée de lui tomber sur la tête pour lui procurer la fausse joie de se sentir partir vers les méandres de l’inconscience absolue et définitive. Son inconscience fut sans doute absolue, mais ne fut aucunement définitive, puisqu’il se réveilla bien loin du paradis. C’est pourtant bien là-bas qu’il crut se réveiller. Il ne connaissait pas la mort, mais il trouva normal que le paradis soit tout blanc, plein de lumière, et que deux magnifiques anges aux longs cheveux d’or soient là pour l’accueillir. Il fut toutefois quelque peu troublé par la tenue des anges, vêtus d’une blouse blanche. Le décolleté prometteur de celle de droite finit de lui mettre la puce à l’oreille. Ce spectacle lui permit de rester éveillé sans trop d’effort, mais lorsque sa favorite s’en alla, il n’eut plus l’énergie de tenir. Le blanc céda la place au noir.