Danger d'asphyxie

 

Bonjour David. Vous connaissant bien, je pense inutile de vous demander si vous allez bien. Leonarda monopolise les esprits. Le votre aussi ?

Bonjour David. Vous savez, quand on aime la politique, on préfère la subir que la fuir. Et ce, même lorsqu’elle en devient suffocante. Donc oui, je me noie, moi aussi, dans le marécage médiatique autour de Leonarda.

Les marécages sont connus pour leurs relents malodorants, j’imagine donc que votre image n’est pas anodine.

Ah ça non, elle ne l’est pas ! Pas une semaine sans que de désagréables effluves ne me parviennent. Mais ceux qui émanent de la polémique de cette fin de semaine s’avèrent pire que d’autres. Comment apprécier l’odeur de la chair putréfiée sur laquelle se jettent hyènes puis vautours ? Pire : comment apprécier de reconnaître parmi ces prédateurs avides une immense partie de notre classe politique, une immense partie de nos médias, et une immense partie de nos compatriotes ?

Ces derniers risquent de ne pas apprécier la comparaison…

Qu’ils se remettent en question, qu’ils retrouvent, tous, leur humanité. On peut très bien faire valoir ses idées, et porter un jugement sur une décision de justice ou une politique gouvernementale sans exploiter de la sorte la situation somme toute difficile d’une jeune fille de 15 ans ! Cette récupération, dans de telles proportions, de la part, en plus, de sa propre famille est tout simplement scandaleuse.

La question de l’immigration doit pourtant être abordée, c’est un sujet important.

Ai-je dit le contraire ? Le soucis, c’est que cette question est plus souvent prétexte au règlement de comptes, au déballage des haines et des rancœurs, à l’expression de peurs ou d’envies infondées, plutôt que lieu de débats seins, sereins, nuancés et argumentés, quels que soient par ailleurs ces arguments. Tout n’est pas blanc, tout n’est pas noir. Virer tout le monde, virer personne, virer ceux qui font peur, ceux qu’on n’aime pas, c’est pas ça un débat de fond susceptible de faire avancer la France, ni même de régler le moindre problème.

Le climat a en effet tendance à se durcir, les échanges sont toujours plus violents, les réactions toujours plus spontanées et irréfléchies. Où cela nous mènera-t-il ?

Céder à la violence, réagir de façon spontanée et irréfléchie ne signifie pas pour autant être bête. Les difficultés du quotidien, autant que l’incompétence notoire des gouvernants développent parmi la population des sentiments d’agacement et d’énervement tout à faits légitimes. Or la haine à ceci de commun à l’amour qu’elle rend aveugle. Les gens sont donc d’autant plus aveugles que politiques et médias semblent trouver utile d’exacerber ces haines. Mais cette colère chaude deviendra froide, colère qui, je le redis, ne rend pas bête. Le peuple finira, j’en suis convaincu, par prendre son destin en main, par sanctionner ceux qui les étouffent de façon bien plus cohérente et réfléchie que ce que laissent entendre certains votes-sanction, certaines absentions excédées, certaines réactions émotives.

Vous estimez cependant que nous n’en sommes pas encore là…

En effet, le déclic n’a pas eu lieu. Et je ne sais pas qu’est-ce qui le déclenchera, ni quand ce sera le cas. En attendant, l’air devient irrespirable. Irrespirable à tel point qu’il en devient dangereux. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a cette semaine confirmé que l’air de la planète était officiellement devenu cancérigène. De là à dire que les polémiques telles que celle de Leonarda y contribuent, il n’y a qu’un pas, que j’aimerais franchir. Mais je le ferai plus tard. Là, j’étouffe.