Tu fonces, tu hurles, nu sous les rayons de lune. La bise glaciale te hante et te brise. Tu oublies tout, tu chasses comme un loup, un loup sans sa meute, abandonné pour une faute qu’on ne te pardonnera pas. Tu le sais, et tu n’y survivras pas. La brume t’enveloppe et te dissimule. Tu la fends à toute allure, pour échapper à la faucille qui appelle ton trépas. C’est toi le loup, mais seul le froid semble avoir des crocs. Toi l’escroc, tu te retrouves sans arme et sans âme. Tu es libre d’aller partout, mais tu ne peux aller où tu seras libre. Ton errance se parfume de fragrances nauséabondes. Chacun de tes pas te pousse à la décomposition. Charnier en mouvement, tu rejoins l’éther. L’éternelle évanescence te poursuit, inéluctable envol, tu ne touches déjà plus le sol. Des mains veulent te saisir, mais il est trop tard, elles ne se sont pas tendues avant ton départ. Avec regrets mais sans remords, tu glisses vers le bord de l’humanité. Humanité maintenant perdue, tu oublies ce qui te tue. Déjà tu ne coures plus, déjà tu n’es plus. Un dernier regard, un dernier espoir. Un dernier point blanc avant l’infini du noir. Une dernière lueur scintillante, avant l’obscurité permanente. Une lumière humide avant le vide. Un sanglot qui accompagne le dernier saut.